===== PAGE 1 ===== LES ILLUSIONS DU PROTECTIONNISME ET DE L’AUTARCIE par Ludwig von MISES Professeur a I’Institut Universitaire des Hautes Etudes internationales de Geneve “ FAUSSES SOLUTIONS A DE VRAIS PROBLEMES”. — Ne 1 LIBRAIRIE DE MEDICIS. PARIS 9¢ édition ===== PAGE 2 ===== Les Illusions du Protectionnisme et de 'Autarcie PAR Ludwig v. MISES Professeur A Institut Universitaire des Hautes Etudes Internationales de Gendve. Traduit de 'anglais par M. Romain GODET PARIS LIBRAIRIE DE MEDICIS 1938 ===== PAGE 3 ===== Les Illusions du Protectionnisme et de I’Autarcie. INTRODUCTION. La division internationale du travail était une conquéte de I'esprit de libéralisme. Un commerce international existe depuis les temps les plus recu- lés. Plusieurs marchandises, dont la production était limitée a des régions remplissant certaines conditions spéciales, faisaient 1’objet d’un com- merce régulier. Un commerce occasionnel appa- raissait lorsque quelque événement extraordinaire survenait, qui créait des occasions inusitées. Tou- tefois, quelque importants qu’aient été les effets civilisateurs de ce commerce international, quelque important qu’ait été son volume, si I’'on considére les difficultés d’ordre technique que les transports avaient & surmonter, le role qu'il a joué dans la satisfaction des besoins des marché est négli- geable. Une trés petite partie seulement de la con- sommation quotidienne de I'individu moyen pro- venait de I’étranger. Lies marchandises importées pouvaient étre, en majeure partie, considérées comme des articles de luxe, car les gens pouvaient s’en passer sans endurer de trop grandes privations ===== PAGE 4 ===== — 4 — Au début du xixe siécle, le blocus continental napoléonien, méme s’il avait été tout a fait effec- tif, n’aurait pu avoir d’effets notables sur la con- sommation des masses de I’Europe centrale. A cette époque, le sucre méme (il ne s’agissait, bien entendu, alors, que du sucre de canne) et le coton passaient pour des marchandises de luxe. Le développement du commerce international était di a abolition de la plus grande partie des entraves au commerce qu'une fiscalité mal inspi- rée et une politique mercantile fourvoyée avaient suscitées. Le libéralisme avait abattu ces barriéres et, par la, frayé la voie & une intensification sans précédent des relations commerciales interna- tionales. Lorsque Cobden et Bastiat étaient au summum de leur prestige, tout le monde était per- gsuadé que les entraves au commerce étaient desti- nées a disparaitre a jamais, de méme que les autres survivances d'un sombre passé telles que I’absolu- tise, la superstition, Pintolérance, l'ignorance et les guerres. La théorie du commerce extérieur telle que 1’a batie Ricardo a montré de facon irréfutable que la liberté des échanges est seule capable d’assurer aux efforts économiques une productivité maxima et que tout protectionnisme doit nécessairement entrainer une diminution des fruits du capital et du travail. Durant cent vingt ans, un flot de livres et de brochures a cherché a infirmer cette théorie et a prouver que, de la protection, peut sortir quelque bien. En vain. Ils n’ont pas pu faire bréche dans cette idée qu’au point de vue du ravi- ===== PAGE 5 ===== —_5 — taillement du consommateur en marchandises le libre-échange est plus efficace que tout autre sys- téme. Jamais aucune proposition n’a été avancée qui fat de nature a ébranler les bases de la doc- trine libre-échangiste. La plus fameuse objection qui ait été formulée dans le passé a été tirée de la nécessité d'une « édu- cation industrielle ». Mais tout ce qu'on pouvait dire de I'incapacité ou sont les industries de créa- tion récente de se défendre avec succes contre les producteurs anciens et fortement établis est vrai dans le cas ou les concurrents appartiennent a la méme nation, comme dans le cas ou ils appar- tiennent & des nations différentes. Que personne ne s’avise de réclamer une protection pour de nouvelles maisons entreprenant de nouvelles affaires contre V'écrasante concurrence de vieilles maisons travaillant dans la méme ville, dans la méme province ou dans le méme pays, voila qui peut déja étre considéré comme une preuve que Pargument est moins économique que politique. Evidemment, chaque entreprise nouvelle doit éprouver des difficultés variées jusqu'au moment ou elle fonctionne sans heurts. Il est des inconvé- nients qui condamnent les affaires 4 étre mauvaises pendant une période d’initiation plus ou moins longue. S’il n’y a aucune chance que ses pertes soient compensées et au dela par des gains ulté- rieurs, alors la création de la nouvelle entreprise n'est pas une opération rémunératrice. Dans ce cas, c'est pur gaspillage que d’ajouter de nouvelles maisons ou de nouvelles entreprises a celles qui ===== PAGE 6 ===== — 8 — industrielle, parce qu’ils aspirent a la plénitude de la culture moderne. C’est ce romantisme qui explique que, dans les pays 4 prédominance agricole, les programmes des partis nationalistes comportent toujours la pro- tection de l'industrie et attribuent moins d’im- portance aux besoins de l’agriculture. Avant la guerre, lorsque I'immigration dans les pays indus- triels de 'Europe et d’outre-mer était encore libre, le mobile principal de cette politique protection- niste était, dans beaucoup de pays européens, le désir de rendre ’émigration inutile. Les conditions de la production industrielle étaient, & tous égards, plus favorables en Eurepe centrale et occidentale que dans les Balkans, par exemple. Sous un régime de laisser-faire, ’excédent de population de ces nations, qui ne pouvait trouver du travail dans la production agricole, devait émigrer en Europe centrale et occidentale et au Nouveau-Monde. Lorsque les gouvernements de ces nations de 'Eu- rope orientale ont encouragé la production indus- trielle en usant d'un protectionnisme strict, ¢’est qu’ils désiraient mettre un frein a 1’émigration qui, selon eux, portait préjudice a la grandeur et a la puissance politique et militaire de I'Etat. Ils craignaient qu’a la longue les émigrants ne perdissent & P’étranger leur attachement a la mére- patrie, & ses habitudes, & sa langue et a sa civilisa- tion. La protection de la production industrielle était une politique de conservation nationale et raciale. Elle avait pour but d’éloigner les citoyens du pays du creuset de I'Europe occidentale, des ===== PAGE 7 ===== — 9 Etats-Unis et des autres nations américaines. Aujourd’hui, cette idée a perdu sa valeur. L’immi- gration n'est plus libre, les excédents de population sont sans exutoire, car il n’existe presque plus de pays ou il soit possible d’immigrer. Avant la guerre, 'argument de la migration valait non seulement pour les pays agricoles de PEurope, mais méme pour I'un des pays les plus industrialisés, I’Allemagne. Lorsque I’agriculture allemande, notamment celle des provinces orien- tales de la Prusse, ne put plus soutenir, sur un marché non protégé, la concurrence de la produc- tion agricole de pays plus fertiles, comme la Russie, la Roumanie, les Etats-Unis, le Canada et 1’Ar- gentine, I’Allemagne s’est mise & avancer pas 4 pas dans la voie du protectionnisme, parce qu’elie désirait, dans la mesure du possible, réduire les pertes que lui valait 1’émigration. Mais nous ne nous attarderons pas sur ce point, car, & I’heure actuelle, les migrations internationales de grande amplitude sont devenues impossibles. Si les considérations de population influengaient la politique commerciale des pays relativement surpeuplés qui étaient, par conséquent, des pays d’émigration, dans un certain sens, elles détermi- naient, en sens inverse, celle des pays relativement sous-peuplés. Ces derniers pays, et surtout ceux de PAmérique latine, désiraient augmenter leur po- pulation en renfor¢cant leur immigration, et la protection était, 4 leurs yeux, I'un des moyens d’attirer de la main-d’ceuvre. Mais maintenant cela aussi appartient au passé. ===== PAGE 8 ===== — 40 — Dans les conditions actuelles, oi les migrations se réduisent & un minimum et ol aucun pays imr portant n’ouvre ses portes & des nouveau-venus, ce genre de considération n’importe plus. Nous parlerons plus loin du rdle joué par les barriéres a Pimmigration. II.-— L’ARGUMENT DE LA GUERRE. La raison principale invoquée pour justifier le protectionnisme et la lutte pour l'autarcie, dans le monde actuel, est la guerre. Pou1 les pays mili- taristes, étre prét a faire la guerre est la grande affaire, et la guerre elle-méme, le moyen normal de parvenir a leurs fins. Ils ne considérent, par conséquent, la paix que comme le temps pendant lequel I’on prépare la guerre a venir. Les activités économiques du pays doivent, dés le temps de paix, étre organisées de facon 4 pouvoir,le moment venu, gervir 4 des fins de guerre. Ce systéme comporte Pautarcie par rapport a tous les produits né- cessaires a une nation en guerre. Lorsque les libéraux recommandaient la liberté des échanges et la division internationale du tra- vail, ¢’était parce que la paix entre toutes les na- tions civilisées était l'article principal de leur foi politique. Il faut nous rendre compte que la con- dition sine qua non du libre-échange est la bonne volonté et la paix entre les nations. La division du travail 4 Pintérieur d’un pays présuppose la paix entre ses différentes parties et provinces. Au ===== PAGE 9 ===== —_ 11 — moyen Age, et méme plus tard, lorsque la division du travail était 4 'état embryonnaire, les contrées et les villes méme pouvaient se faire la guerre. Comme chaque partie du pays produisait tout ce qui était nécessaire a la guerre, celle-ci ne suscitait pas de problémes de fournitures de vivres, d’équi- pements et d’armes. Les belligérants avaient be- goin d’argent pour conduire la guerre, mais une fois qu’ils en possédaient, ils pouvaient acheter ce dont ils avaient besoin. Il en va tout autrement, dans le monde moderne, ou régne la division internationale du travail. Les pays européens comptent plus ou moins sur les denrées alimentaires et sur les matiéres premiéres importées de I'étranger. La fabrication des armes et du matériel de guerre modernes n’est possible que dans de grandes entreprises, hautement spé- cialisées, qui doivent exercer leur activité en temps de paix déja, afin de pouvoir fonctionner sans sur- prise en temps de guerre. Une nation qui ne pro- duit pas toutes les matiéres premieres et les den” rées alimentaires et toutes les armes et autres matériels militaires a Pintérieur de ses frontiéres en manquera en temps de guerre. Lorsque, a partir des années quatre-vingt-dix du siécle dernier, ’Allemagne commenga ses pré- paratifs en vue d’une guerre décisive, ses prévi- sions économiques se bornaient au ravitaillement en produits alimentaires. L’une des raisons de pro- téger I’agriculture était alors la nécessité de rendre le pays indépendant des fournitures étrangéres en temps de guerre. Mais personne ne s’était avisé ===== PAGE 10 ===== — 12 — qu'un pays belligérant pouvait souffrir de la pénu- rie d’autres marchandises que les denrées alimen- taires. C’est la grande guerre qui a enseigné cette lecon. . Aujourd’hui, les puissances qui considérent la guerre comme le moyen de satisfaire leurs aspira- tions « dynamiques » visent a ’autarcie afin de ne pas avoir 4 faire appel aux fournitures étrangéres dans la conflagration & venir. Ce sont ces puis- sances qui ont systématiquement élaboré la théo- rie et la pratique de I’autarcie pour les fins de la guerre. Leurs efforts ont été stimulés par la me- nace de l'article 16 du Pacte de la Société des Nations, ou sont inscrits des mesures écono- miques contre la nation qui recourt a la guerre. Désireuses de se suffire a elles-mémes en temps de guerre, ces nations cherchent, dans toute la mesure du possible, a4 s’affranchir des importa- tions de matiéres premiéres. Elles veulent rem- placer les matiéres premiéres et les denrées ali- mentaires importées par celles qu’elles peuvent produire chez elles. Elles favorisent, au moyen des mesures de protectionnisme les plus strictes, la production des denrées alimentaires et des ma- tiéres premieres qui peuvent étre obtenues a I'in- térieur de leurs frontieres. Elles cherchent & rem- placer les matiéres premiéres qu’elles ne peuvent, produire sur le sol national par des succédanés fabriqués dans le pays. Elles ne tiennent pas compte, dans leurs efforts, du prix de la produc- tion. Aux yeux des partisans de cette politique, peu importe que ces succédanés aient un colt ===== PAGE 11 ===== de production plusieurs fois plus élevé que celuj de la marchandise importée. Lia seule chose qui compte, c’est qu’ils puissent étre produits dans le pays. C’est dans cet esprit que ces pays ont cher- ché a produire du caoutchoue synthétique, du pétrole synthétique, de la laine synthétique, etc. Dans le raisonnement qui est a la base de cette thése d’inspiration militariste en faveur de I’au- tarcie, une erreur frappante s’est glissée. Chaque fois que la technique moderne réussit a remplacer une matiére premiére précédemment en usage par un article dont — dans le cas le moins favorable ~— le rendement n’est pas moins bon et 'utilisation n’est pas plus coiliteuse que ceux du produit na- turel, il est évident que ce nouvel article a ten- dance a chasser I'ancien du marché. C’est de cette facon que la garance a été remplacée par I’aniline, de cette facon que la soie et le coton ont perdu du terrain, qui a été gagné par la rayonne. Dans ces conditions, le nouvel article ne peut plus étre appelé un succédané, pas plus que l’automobile n'est le succédané d'un char ou le canon de I'arc et de la fleche. Mais 1a n’est pas le probléme. Les succédanés dont il s’agit appartiennent a une cate- gorie inférieure et sont incapables de rendre des services meilleurs et a meilleur marché que la marchandise qu’ils sont appelés a remplacer ; leur rendement est, au contraire, moins grand, et leur emploi revient plus cher. En recherchant de tels succédanés, il peut arriver, un jour ou l'autre, qu’on invente quelque chose de nouveau, qui soit plus satisfaisant que la marchandise précédem- ===== PAGE 12 ===== — 4h — ment en usage. Toutefois, pour le moment, on ne peut s’appuyer sur de vagues possibilités, il faut compter avec les réalités. Nous avons a envisager ce fait que les nations désirent se rendre économi- quement indépendantes, en remplacant certaines matiéres premiéres et denrées alimentaires im- portées par un succédané plus cher et moins bon produit sur leur sol. Elles croient que ces incon- vénients sont compensés par le fait que le pays se libére de la production étrangére et pourra s’en passer, par conséquent, en temps de guerre. Elles estiment que, lorsque des problémes de défense nationale se posent, il est possible de négliger la question du prix de revient. La seule chose qui ait du prix a leurs yeux, c’est I'indépendance. Toutefois, ce raisonnement est fallacieux. 1] n'est pas vrai qu'il soit sans importance que la production d'une marchandise utile a la guerre soit plus ou moins coliteuse. Les prix de revient plus élevés indiquent que la méme quantité de capital et de travail produit moins. Si un pays belligé- rant est forcé d’employer plus de capital et plus de travail pour obtenir une quantité donnée de marchandise, il en sera moins abondamment pourvu que ses adversaires. En particulier, le fait, pour ce pays, d’avoir & employer plus de main- d’ceuvre pour la production de la méme quantité de marchandise représentera une véritable cala- mité. Ce sont autant de bras qui manqueront dans les tranchées, car les hommes ne peuvent se battre et travailler en méme temps. Déja, au temps de la grande guerre, les puissances de I’Europe cen- ===== PAGE 13 ===== — 45 — trale se plaignaient que la production des maté- riels de guerre exigedt un trop grand nombre d’hommes jeunes. Et il y a un deuxiéme grand inconvénient. Les succédanés sont moins bons que les marchandises qu’ils doivent remplacer. S’1ls étaient aussi bons, ¢e ne seraient pas des succédanés, mais la mar- chandise qu'il convient d’employer, et Padver- saire lui aussi ne manquerait pas de s’en servir. Le fait que l'une des parties est forcée d’uti- liser des matériaux qui conviennent moins bien constitue un lourd handicap. La partie la mieux outillée tirera de sa supériorité d’équipement un avantage a la fois moral et matériel. La mellleure armée se démoralise & constater que 1’adversaire est mieux nourri, mieux armé et mieux protégé contre les dangers qu’elle ne I'est elle-méme. Dans la guerre mondiale, rien n’a autant découragé les soldats des puissances centrales que, lorsque apres avoir conquis des tranchées sur les alliés, ils cons- tataient que ceux-ci étaient mieux armés, mieux équipés et mieux nourris qu’eux-mémes. Per- sonne ne saurait contester que la victoire des alliés a été due en grande partie 4 leur supériorité en matériel. Ensuite, il faut considérer que, pour la produc- tion des succédanés, quelques matiéres premiéres sont aussi nécessaires. Dans de trés rares cas seu- lement, ces matiéres premiéres peuvent étre trou- vées en quantité suffisante sur le marché national. Pour la plupart, elles doivent étre importées, elles aussi, soit parce qu'on ne les produit pas du tout ===== PAGE 14 ===== -— 16 —- dans le pays, soit parce qu'on ne les y produit pas en quantité suffisante. Pour la fabrication du tex- tile, par lequel ’Allemagne désire remplacer le drap de laine, il faut aussi de la laine, et I’on peut se demander si ’Allemagne sera capable de déve- lopper sa production de laine au point de pouvoir fabriquer toute celle dont elle aura besoin. En tout état de cause, elle ne pourra développer sa produc- tion de laine qu’en restreignant celle d’un autre produit agricole, étant donné qu’il faudra, pour cela, du terrain, et que le terrain est rare en Alle- magne. Si I’Allemagne ou I'Italie cherchent a produire des succédanés a partir du bois, elles se rendront compte que leur production de bois ne suffira pas. Lorsque I’Italie se propose de fabriquer du drap 4 partir des produits laitiers, elle se trouve en présence de ce fait que sa production de lait est également limitée et qu'elle doit par conséquent importer de la caséine. La production de succé- danés ne supprime pas le probléme des matiéres premieres, elle le transporte seulement dans d’au- tres branches de la production. C'est, au point de vue économique, une des caractéristiques des collectivités industrielles mo- dernes de ne pouvoir se passer des matiéres pre- miéres importées et payées par les produits fabri- qués qu’elles exportent. Ces pays industriels mo- dernes sont donc en relation avec le reste du monde de la méme fagon que les centres industriels sont en relation avee les régions productrices d’articles agricoles et de matiéres premieres de leur propre pays. De méme qu’il est impossible, pour une ville, ===== PAGE 15 ===== 17 — de faire la guerre 4 la campagne qui la ravitaille en denrées alimentaires et en matiéres premiéres, de méme il est impossible, pour un pays industriel, de faire la guerre au reste du monde. Telle est la si- tuation out se trouvent les pays industriels de IP'Europe d’a présent. L’économiste libéral déduit de ce fait la nécessité de la paix internationale. Il est d’avis fue la guerre est incompatible avec I’état actuel de division internationale du travail. Mais le militariste, qui estime que la guerre est 'activité la plus haute et la plus noble d'une nation, croit que cette division internationale du travail est un esclavage pour son pays, parce quelle 'empéche de faire la guerre. Pour lui, 'indépendance de son pays est réalisée lorsque celui-ci est en état de faire la guerre a tous les autres, ou & quelques autres, sans dépendre de Pétranger pour les fournitures dont il a besoin. L’Allemagne et I'Italie désirent l'une et Pautre étre en mesure de soutenir une guerre contre la France et les nations alliées 4 la France sans souf- frir d’un manque de denrées alimentaires et de matiéres premiéres. Cela ne signifie pas qu’elles veulent réellement attaquer la France, ni qu’elles pensent que la France veuille les attaquer — c’est la un probléme que nous n’avons pas a discuter — mais elles considérent comme un handicap insup- portable un état de choses dans lequel elles se- raient incapables de recourir a la guerre en tant qu’zltima ratio. La liberté, telle qu’elles la con- ¢oivent, c'est la possibilité d’étre prétes a faire la guerre lorsque le chef de lanationle juge nécessaire. 2 ===== PAGE 16 ===== — 18 — 11 est bien évident que cette notion de la liberté est a usage exclusif des grandes nations. Une petite nation n’oserait jamais formuler dans ces termes ses aspirations a I'indépendance. M. Hitler et M. Mussolini soulignent que leur revendication est justifiée parce qu'une grande nation ne saurait vivre dans les conditions qui peuvent paraitre satisfaisante§ a une petite nation. Ils réclament des territoires ou ils pourront produire des ma- tiéres premiéres sur un sol qui sera le leur, et, lorsqu’ils déclarent que leur nations ne sont pas satisfaites, ils appuient leur assertion en faisant ressortir la répartition injuste des colonies et des matiéres premieres. C’est tout particuliérement en vue des négociations a venir au sujet| d’une nouvelle répartition des matiéres premiéres et des colonies qu’ils désirent atteindre a Iautarcie, parce qu’ils veulent pouvoir jeter dans les pla- teaux de la balance une épée acérée. Peut-étre comprendrons-nous mieux mainte- nant le role joué par I’autarcie dans les plans de ces deux puissances. Elles n’envisagent pas l'au- tarcie dans les limites actuelles du territoire natio- nal comme une mesure durable, mais seulement comme une mesure temporaire, en vue de la pré- paration de la prochaine guerre pour la supréma- tie. C'est a cette guerre que M. Hitler fait fréquem- ment allusion dans son livre Mein Kampf (1). Bien entendu, la politique de 'autarcie n’appa- (1) Cf. Hitler, Mein Kampf, 42¢ édition, Munich, 1933 pp. 726-743, 757, 766. ===== PAGE 17 ===== — 49 — rait pas plus raisonnable si on la considére comme une préparation a la prochaine guerre que si on la considére comme une institution militaire durable. Certains experts militaires estiment que la guerre future sera entiérement différente de la derniére guerre mondiale. Ils supposent que l’agresseur parviendra trés rapidement a4 ses fins g’il attaque 4 Pimproviste un pays qui n’est pas conscient du danger, et qui nest, par conséquent, pas prét a résister. D’un seul coup, cet « Ueberfallskrieg » peut amener la victoire décisive. Quant a savoir, cependant, si une attaque par surprise aurait plus de succés dans une guerre & venir qu'elle n’en a eu dans les derniéres guerres, le point est des plus douteux. Une attaque foudroyante a fondu sur la Saxe en 1756, et sur la Belgique en 1914, mais elle n’a pu, ni dans un cas ni dans l'autre, décider de Pissue de la lutte, ni terminer la guerre, au con- traire, elle n’a fait que mettre le feu aux poudres. Il n'y a aucune raison de croire que les choses se passeraient de fagon différente dans I'’hypothése d'une nouvelle guerre mondiale. D’autre part, dans une guerre ott 'agresseur met tous ses atouts dans une attaque qui doit amener un succés ra- pide, la supériorité d’équipement et d’armement joue un plus grand réle que dans tout autre. Pour le succes d'un tel projet, U'infériorité de I’armement qui provient de emploi de succédanés peut avoir des conséquences fatales. Au point de vue militaire, la substitution de succédanés aux matiéres premiéres convenables semble donc constituer un inconvénient A tous ===== PAGE 18 ===== égards. Lorsque les puissances de ’Europe cen- trale partirent en guerre, en 1914, sans §’étre assuré des possibilités de ravitaillement en ma- tiéres premieres étrangeéres, elles pouvaient comp- ter sur les stocks considérables de ces marchan- dises que détenaient normalement le commerce et Pindustrie. Ces stocks étaient suffisants pour les deux premiéres années de guerre. Or, I'un des ré- sultats de la politique d’autarcie et de préparation économique a la guerre sera que, dans une nou- velle campagne, ces stocks seront 4 peu pres inexis- tants. C’est le paradoxe de I’autarcie, en tant que pré- paration économique a la guerre, d’affaihlir le potentiel militaire de la nation, en diminuant Pefficacité de ses armes. L’état actuel de la divi- gion internationale du travail place les nations qui se proposent de recourir & la guerre devant un dilemme insoluble. Elles doivent considérer d’une part, qu’elles ne peuvent combattre sans importer continuellement des matiéres premiéres et des denrées alimentaires et, d’autre part, que le rem- placement de ces marchandises importées par des succédanés produits sur place réduit leur force militaire. En temps de paix, les nations peuvent acheter toutes les matiéres premiéres et les denrées ali- mentaires qu’elles désirent et qu’elles sont dispo- sées & payer. Evidemment, cette situation fait dépendre la nation des fournitures de l’étranger et 'intégre dans le systéme international de la di- vision du travail, mais, quant a considérer cet état ===== PAGE 19 ===== —_— — de choses comme plein d’inconvénients parce qu'il rend la guerre impossible, ¢’est céder & un incorri- gible atavisme. 111. — J1.’ARGU MENT DE LA GUERRE DANS LES PAYS NEUTRES. I1 est des pays fortunés qui ont décidé de rester neutres dans toutes les guerres. Pour eux, I'argu- ment de la guerre invoqué en faveur de 'autarcie par les militaristes est sans valeur. Ils n’ont pas Pintention de conquérir des territoires, et leur seul désir est de vivre en paix et de vaquer sans ennuis a leurs affaires. Mais, 4 supposer méme qu’ils réussissent & appliquer cette politique et a représenter un ilot pacifique dans un océan de sang, ils peuvent souffrir des conséquences de la guerre. A cet égard, la situation de la Suisse pen. dant la guerre mondiale a été caractéristique. Son ravitaillement en denrées alimentaires et en ma- tiéres premiéres importées était a la merci des belligérants. Si la Suisse n’avait pu s’entendre avec eux, elle n’aurait obtenu ni combustibles, ni denrées alimentaires, et ¢’aurait été pour elle la famine. Dans un pays tel que celui-ci, une politique visant a P'autarcie, afin d’écarter les dangers que représenterait pour lui une nouvelle guerre mon. diale, parait plus raisonnable que dans les pays qui désirent attaquer. Il n’est pas au pouvoir de la Confédération suisse d’empécher ses voisins de ===== PAGE 20 ===== — 97 — recourir a la guerre. Elle ne peut que protéger ses propres intéréts, par le moyen non seulement d’ar: mements mais encore de mesures destinées a assu-~ rer son ravitaillement en temps de guerre. Mainte mesure de la politique économique suisse, qui pourrait paraitre complétement déraisonnable dans un monde paisible et doué de bon sens, se justifie par une situation internationale dont le pays est obligé de tenir compte. Les conditions dans lesquelles se trouvent d’autres nations ne sont pas trés différentes, bien que pour aucune d’entre elles, la situation géographique ne soit aussi défavorable que pour la Suisse. La tendance a ’autarcie résulte, dans ces cas aussi, de I'esprit de guerre qui, maintenant, infecte le monde. La menace de guerres futures met en danger le maintien de la division internationale du travail, et chaque gouvernement, fit-ce le plus pacifique et le plus international d’esprit, doit se prémunir contre cette éventualité. IV. — L’ARGUMENT DES SALAIRES. L’un des effets de la division internationale du travail est de créer 'interdépendance des salaires dans tout le monde. Dans un régime ou la mobilité de la main- d’ceuvre, du capital et des marchandises sur toute la surface du globe serait totale, il devrait y avoir une tendance a I’égalisation, aussi bien du taux des bénéfices que du taux des salaires pour un ===== PAGE 21 ===== — 923 — Travail de méme espéce. Le capital et le travail gevraient passer des régions ou les conditions muturelles de la production sont moins favorables dung les régions ou elles le sont plus, jusqu’a réali- sasion de cette égalité. Dans le régime actuel, tou- tempis, il existe des barriéres qui s’opposent trés effiecdcement au transfert, soit du capital, soit de la main-d’ceuvre, d'un pays dans un autre, d’ou des différences considérables dans le taux des bénéfices et le niveau des salaires. Il n’en demeure pas moins que 'interdépendance de ces deux pays est une réalité. IL’un des facteurs qui déterminent les salaires, au Japon, est le fait que les Japonais ne sont pas libres d’émigrer, car aucun pays n’admet I'immi- gration de Japonais. L’un des facteurs qui déter- minent les salaires, aux Etats-Unis, c’est que I'immigration, dans ce pays, est restreinte. La main d’ceuvre ne peut circuler librement du Japon aux Etats-Unis, mais il n’en existe pas moins un lien entre le niveau des salaires dans les deux pays. Ce'lien résulte de Ia faculté de déplacement du produit du travail. Les marchandises produites par n’importe laquelle de ces deux nations peu- vent entrer en concurrence. Dans un monde ou existerait le libre-échange des marchandises, celles- ci devraient étre vendues an méme prix par le producteur, compte non tenu du colt des trans- ports. La possibilité, pour les syndicats ouvriers d’un pays, de relever le niveau des salaires semble donc limitée par la concurrence des marchandises produites a 1’étranger par une main-d’ceuvre ===== PAGE 22 ===== — 95 — croitraient pas le chéomage. Mais si les syndicats ouvriers cherchent, comme on les voit faire, a relever les salaires au-dessus de ce taux d’équilibre, ils provoquent un chomage persistant dont patit une grande partie des classes ouvriéres. C'est 1a, de toute évidence, dans un organisme économique fondé sur la division du travail et I’échange, P’effet nécessaire d'un taux de salaires dépassant le taux d’équilibre. Les employeurs attribuent & la pression de la concurrence étrangere l'impossibilité ou ils sont d’employer plus d’ouvriers aux taux résultant de contrats collectifs. L’opinion publique tient, par conséquent, les barriéres érigées contre les impor- tations de I'étranger, pour des mesures efficaces de lutte contre le chdmage, sans abaissement du ni- veau des salaires. L’un des arguments les plus goités en faveur du protectionnisme consiste a dire qu’il convient de défendre le niveau de vie du pays contre le dumping des marchandises pro- duites par la main-d’ceuvre peu cotiteuse. Or, on appelle « dumping » importation de marchandises produites par une main-d’ceuvre moins coiteuse et l'on considére l'interdiction d’admettre ces marchandises comme pleinement justifiée. Les pays qui, d'une part, jouissent, par la volonté de la nature, et par leur richesse en capi- taux, de conditions de production plus favorables, et qui, d’autre part, ne veulent pas laisser entrer d’immigrants étrangers, tiennent donc pour justi- fiés les droits de douane élevés, les continjente- ments rigoureux, et méme la complete autarcie. ===== PAGE 23 ===== — 2% — moins onéreuse. Les syndicats ouvriers des pays bénéficiant de conditions de production plus favo- rables et de salaires plus élevés désireraient que les salaires se relévent dans les pays moins favorisés. Mais ce résultat ne pourrait étre atteint qu’en transférant de la main-d’ceuvre des pays moin8 favorisés dans les pays plus favorisés, et c'est pré- cisément ce a quoi s’opposent les syndicats ou- vriers des pays les mieux pourvus. Sans une modi- fication de la répartition des travailleurs sur toute la surface de la terre, il est cependant impossible d’arriver a I'égalité des salaires. En vertu du systéme actuel des restrictions a immigration, les salaires trouvent leur point d’équilibre & un niveau autre que celui qu’ils atteindraient dans un monde ou la main-d’ceuvre pourrait circuler en liberté ; dans certains pays ils sont plus hauts, dans d’autres plus bas. Mais il existe, pour chaque région a l'intérieur de laquelle aucune barriére n’empéche le déplacement de la main-d’ceuvre d'un lien & un autre, un taux uni- forme d’équilibre des salaires pour chaque genre de travail. Aussi longtemps que les salaires effective- ment payés ne dépassent pas ce niveau d’équilibre, Pemploi et le chdmage sont normaux. Il est dans la nature du taux d’équilibre de faire coincider Poffre et la demande sur le marché du travail. . Si les syndicats ouvriers des pays jouissant de conditions de production plus favorables limi- taient leurs activités a restreindre I'immigration, et g’ils se contentaient de I'élévation des salaires d’équilibre résultant de ces restrictions, ils n’ac- ===== PAGE 24 ===== — 98 — V. — L’ARGUMENT DU SURPEUPLEMENT. L’argument du surpeuplement invoqué en fa- veur du protectionnisme n’est autre que 'arngu- ment des salaires considéré du point de vue des pays surpeuplés. Dans ces pays, les salaires sont bas et, sous le régime actuel des barriéres aux migrations, il n'y a aucun espoir de relever les salaires par I’émigration. Les salaires d’équilibre sont bas dans ces pays. Mais aussi longtemps que les salaires effectifs ne dépassent pas le taux d’équilibre, il ne se produit pas de chomage durable sur une grande échelle. Les salaires d'équilibre peuvent, bien entendu, tomber extrémement bas par rapport & ceux de Pétranger. Les bas salaires sont trés peu satisfaisants et les gouvernements et les syndicats ouvriers y cher- chent, les uns et les autres, un reméde. Malheu- reusement, le seul reméde efficace, ’émigration, ne peut pas étre envisagé. Les salaires minima, qu’ils soient imposés par une intervention du gouverne- ment ou par les contrats collectifs, ne font qu’aug- menter le chdmage. Pour combattre celui-ci, on s’efforce alors de protéger la production nationale, mais, en le faisant, on augmente le prix des mar- chandises et on abaisse encore davantage le niveau de vie. Les récriminations des pays surpeuplés contre les pays plus favorisés sont justifiées. Les pays ===== PAGE 25 ===== —_ 29 — ot les salaires ont un point d’équilibre plus élevé leur portent préjudice de deux fagons : en rendant Pimmigration impossible et en fermant leur mar- ché & importation de leurs produits. Néanmoins, ces pays surpeuplés ne font qu’aggraver leur si- tuation en fermant eux-mémes leur propre marché, ear, par 13, ils ne peuvent que provoquer un nouvel abaissement de leur niveau de vie. Dans ce cas également, la protection et 1’autar- cie sont des remédes qui ne peuvent qu’aggraver le mal. VI. — IARGUMENT DE LA MONNAIE OU DU CHANGE ETRANGER. L’argument de la monnaie ou du change étran- ger invoqué en faveur du protectionnisme différe de la plupart des autres arguments en ce sens qu'il est purement économique. Malheureusement, c’est, lui aussi, un argument faux. Le maintien d’une monnaie saine n’a rien a voir avee le commerce extérieur. C'est la vieille et fon- damentale erreur de tous les genres de mercanti- lisme de croire qu'une balance passive du com- merce chasse la monnaie du pays. Mais la balance du commerce n’est qu'un poste de la balance des paiements. Un excédent des importations par rapport aux exportations est compensé, peut-étre méme surabondamment, par les actifs d’autres postes. La balance des paiements est, par défini- tion, toujours en équilibre. Si les deux colonnes ===== PAGE 26 ===== — 30 — de la balance des paiements ne s’équilibrent que par une exportation d'or, il faut que les prix baissent. Les prix bas ont pour effet d’augmenter les exportations et de mettre un frein aux impor- tations. Dans les pays ou la monnaie n'est pas purement métallique, les pertes d’or forcent la banque & resserrer le crédit. L’ajustement s’opére alors par les préts a court terme de I'étranger qu’attire le taux élevé d’intérét ; ainsi, dans un cas comme dans l'autre, I’équilibre se rétablit auto- matiquement. A la longue, un pays qui ne s’est pag lancé dans une politique d’inflation et d’expan- sion du crédit ne s’expose jamais a voir sortir ses stocks monétaires. Au contraire, s’il y a inflation et si, par suite d’un excés de monnaie, les prix montent et I'unité monétaire nationale se déprécie, rien ne peut empécher le jeu du mécanisme qui est décrit par la loi de Gresham. Si le gouvernement attribue le méme pouvoir libératoire légal au pa- pier-monnaie déprécié qu’aux pitces d’or, ces der- niéres disparaissent de la circulation. Etant donné qu'on se trouve en présence d’une inflation et d’une expansion du crédit, le réajustement auto- matique ne peut se produire, ’étalon-or est rem- placé par une monnaie de papier qui se déprécie de plus en plus au fur et & mesure que l'inflation gagne du terrain. (’est en vain que les gouvernements s’efforcent d’empécher la dépréciation en restreignant les im- portations. Si les citoyens ne peuvent plus acheter de marchandises étrangeres, ils achéteront plus de produits nationaux. Les prix de ces produits mon- ===== PAGE 27 ===== —_31 — teront alors et leur exportation diminuera. Ainsi, Pintervention du gouvernement, qui est dictée par un désir d’améliorer la balance du commerce en restreignant les importations, finit par abaisser les deux plateaux de la balance. Elle comprime si- multanément les importations et les exportations et améne une réduction du volume global du com- merce extérieur. Si le gouvernement désire le succés de sa poli- tique, il faudra qu'il enléve aux citoyens leurs encaisses excédentaires. Il faudra qu'il préléve des impdts ou qu'il émette un emprunt sur le marché national et qu'il retire de la circulation la monnaie qu'il aura ainsi recueillie. Cela équivaut a une poli- tique de déflation. Bien entendu, la déflation est le seul moyen efficace d’abaisser le taux des changes étrangers et de restituer a 'unité monétaire son ancien pouvoir d’achat. Mais si le gouvernement ne se résout pas a la déflation, il n’a aucun moyen de réduire les prix payés pour les devises étran- géres. Il existe deux types différents de controle des devises. Il y a des pays qui désirent simplement maintenir les prix auxquels s’échangent les de- vises étrangéres. Ils estiment que quelque chose doit étre fait pour entraver les progres de la déva- Iuation et que le contréle des changes est le bon moyen a employer a cet effet. Ils ne désirent ce- pendant pas forcer les citoyens a acheter et a vendre des devises étrangéres & un prix inférieur a celui qui est pratiqué sur le marché. Dans de telles conditions, le controle des devises est assez ===== PAGE 28 ===== — 30 — bénin. Etant donné qu'on ne cherche pas a im- poser, sur le marché, un prix inférieur pour les de- vises étrangéres, comme ces devises sont achetées et vendues au prix du marché, il importe peu que les transactions soient libres ou qu’elles soient le privilége d'une institution comme la banque cen- trale ou comme le fonds d’égalisation des changes. Evidemment, si le gouvernement, ou si cette ins- titution chargée des affaires de change, empé- chent certaines importations de s’effectuer, cela afin d’économiser des devises étrangéres, ils res- treignent également les exportations et, par con- séquent, le volume du commerce extérieur. Mais il n’existe, dans ces circonstances, aucun motif ur- gent de prendre des mesures trés énergiques a cet égard, étant donné que le contrdle des devises ne diminue pas immédiatement la quantité de de- vises étrangéres disponibles. Il en va autrement lorsque le contrdle des de- vises a pour but d’'imposer au marché des devises étrangeres, un prix inférieur & celui qui se prati- querait si les transactions étaient libres. Si tout citoyen est tenu de vendre toutes ses devises au fonds d’égalisation des changes & ce prix légal ou officiel, qui est plus bas que le prix du marché, tout se passe exactement comme si ’'on imposait un droit sur les exportations. Le volume des ex- portations tombe, entrainant une baisse égale- ment du montant des devises étrangéres offertes au fonds d’égalisation des changes et achetées par lui. La pénurie de devises étrangéres est la consé- quence fatale d'une politique qui prétend imposer ===== PAGE 29 ===== 33 au marché un prix trop bas pour I'or et les mon- naies étrangeres, et la pénurie sera d’autant plus grande que le controle sera plus strictement appli- qué. Les exportations disparaitraient compléte- ment, n’étaient les primes payées par le gouverne- ment pour compenser les pertes que subit I'expor- tateur du fait qu'il est obligé de vendre ses devises étrangéres 4 un prix inférieur a leur valeur sur le marché. Si un pays qui a adopté ce régime se plaint d'un manque de devises étrangéres, il faut qu'il se rende compte que le mal provient de sa propre politique. Pour la formation du prix des devises, il est a la longue parfaitement indifférent que les citoyens achétent les produits nationaux ou les produits étrangers. Lie probléme des transferts est un probléme illusoire. Qu'un Allemand achéte du coton, ou qu’il achéte n’importe quel produit na- tional (comme du charbon, par exemple), cela ne fait aucune différence pour le systéme monétaire de son pays. Dans les deux cas, il faut qu’il s’abs- tienne d’acheter quelque chose d’autre. Il doit dépenser moins de marks pour d’autres objets qu'il ne Paurait fait 8’il n’avait pas acheté de co- ton ou de charbon. La vraie question pour lui est d’étre assez riche pour acheter du coton ou du charbon et de disposer de la quantité de marks necessaire. S’il achéte plus de marchandises im- portées, il devra se passer de produits de son pays. Ces derniéres marchandises deviennent, par con- séquent, meilleur marché, et peuvent s’exporter plus facilement, de telle sorte que des entrées 3 ===== PAGE 30 ===== — 34 — d’argent compensent les sorties. Si, pour un motif quelconque, les exportations ne peuvent se déve- lIopper, la demande accrue de devises étrangéres entraine un relévement du prix de ces devises et, par conséquent, de celui des marchandises impor- tées, et ce mouvement ascendant des prix oblige les citoyens a restreindre leurs achats de mar- chandises importées. Sous ce régime, également, Pautomatisme du marché fonctionne sans heurt. Supposons que, par une répartition nouvelle des régions productrices de matiéres premiéres, certaines parties de I’Australie et du sud des Etats- Unis d’Amérique deviennent possessions alle- mandes. Rien ne serait changé dans le domaine économique et monétaire. Le consommateur alle- mand aurait & payer tout juste autant pour le coton et pour la laine qu’il le fait en ce moment. Il ne serait ni plus aisé pour lui, ni plus difficile pour les Britanniques ou pour les Américains, d’effectuer des achats dans ces territoires récem- ment cédés. Bien entendu, dans les circonstances actuelles également, le commerce ne s’opére pas de fagon différente entre la Grande-Bretagne et I’Australie et entre la Grande-Bretagne et I’Alle- magne, ou entre I’Allemagne et I’Australie. Le fait que son roi est, en méme temps, le souverain de I’Australie, ne comporte aucun avantage pour I'acheteur britannique de laine, pas plus que le fait que les citoyens de I’Australie parlent I’an- glais et sont les descendants d’ancétres britan- niques. L’acheteur allemand se mesure avec I’a- cheteur britannique, danois ou polonais, sur le ===== PAGE 31 ===== — 35 — marché de la laine, dans des conditions de par- faite égalité. Supposons, au contraire, que la Baviére soit géparée du Reich. N’était Iintervention gouver- nementale dans le systéme monétaire et le con- trole des devises, le commerce entre la Baviére et le reste du Reich n’en serait nullement affecté. Ce que les Saxons achétent en Baviére doit se payer soit par des exportations directes, soit par un commerce triangulaire, que la Baviére fasse partie du Reich ou non. C’est une erreur de croire que les achats de marchandises importées font bréche dans le stock de devises de la nation. Il est faux de dire & un homme : « N’achetez pas de cette marchandise étrangére parce qu'il faudra consacrer a cette opération une partie du trésor national de devises étrangéres. » La quantité de devises étrangeres est essentiellement mobile. Les avoirs en devises étrangéres sont en flux et en reflux continuels. Ils s’épuisent et se reconstituent tous les jours. En achetant des produits étrangers, le consomma- teur crée, du fait qu'il diminue ses achats de mar- chandises nationales, le montant de devises étran- géres nécessaires pour ce qu’il achéte. Le fait qu'il existe des barriéres au commerce ne modifie pas le fonctionnement de ce mécanisme. Ces barriéres font, il est vrai, qu'il est plus difficile d’exporter et de se procurer des devises étrangéres, mais le fléchissement des exportations et des en- trées do devises étrangéres conduisent automati- quement & une restriction des achats a I’étranger- ===== PAGE 32 ===== NY Lorsque les prix, les salaires et les gains des indus- tries d’exportation baissent, les groupes qui sont affectés par cette circonstance sont obligés, soit de restreindre leurs achats de marchandises étran- geres, soit leurs achats des produits nationaux. Dans le premier cas, la demande de devises étran- geres fléchit. Dans le second, les prix de ces mar- chandises, dont il se vend de moindres quantités sur le marché national, tombent, et il devient plus facile de les exporter. Si un pays désire jouir des avantages d'une monnaie saine et d'une stabilité des devises étran- géres, il faut qu'il écarte I'inflation et le gonfle- ment du crédit. S’il préfére les prétendus avan- tages de la dépréciation, il faut alors qu'il laisse le marché fixer la valeur de son unité monétaire. Dans l'un et autre cas, il n'y aura, pour lui, aucune difficulté d’ordre monétaire a traiter avec les pays étrangers. Ce n'est que lorsqu’on veut fixer les changes étrangers au-dessous du prix du marché, en adoptant le controle des changes, que Von provoque la pénurie des devises étran- géres. La situation de P’Allemagne dans le systéme économique du monde, comme celle, d’ailleurs, de beaucoup d’autres nations européennes, reposait, et repose encore, sur l'industrie. Ces pays impor- tent surtout des matieres premiéres et des denrées alimentaires, et exportent, principalement, des produits fabriqués. En restreignant les achats de matiéres premiéres, le gouvernement allemand restreint aussi les exportations de produits fabri- ===== PAGE 33 ===== — 37 — fee En utilisant les matiéres premiéres 4 des fins e rearmement, au lieu de les affecter a la fabrica- tion de produits exportables, il réduit la quantité de devises étrangéres disponibles. Mais I'Alle- magne n’offre que I'’exemple le plus en vue d'une politique suivie aujourd’hui par de nombreux pays. Dans un systéme économique fondé sur le mar- chandage et les échanges directs entre deux par- ties seulement, nul doute que ces deux parties n’obtiennent satisfaction. Le réle de la monnaie est de procurer les mémes facilités au commerce friangulaire. Cette fonction compensatrice de la monnaie n'est pas limitée au commerce local. Elle s’exerce de la méme facon dans le commerce de ville & ville, de région & région, et de pays 4 pays. Le systéme de compensation le plus efficace et le plus simple est le systéme monétaire. Si une na- tion remplace I'usage de la monnaie, dans le com- merce international, par des chambres de com- pensation bilatérales, elle se prive des avantages du commerce triangulaire, elle perd la faculté d’acheter sur le marché le moins cher et de vendre la ou elle pourrait obtenir, pour ses marchandises, les prix les plus élevés. Il faut qu’elle achéte 1a ou elle peut vendre quelque chose, méme si le niveau des prix y est trés élevé, et il faut qu'elle vende 1a ou elle désire acheter quelque chose, méme si le niveau des prix y est trés bas. I’étalon-or était et demeure le meilleur systéme, et méme le seul systéme applicable, d’organisa- tion internationale du commerce triangulaire. Le ===== PAGE 34 ===== — 40 — provoquent certaines mesures de protection et de restriction. Il semble légitime & nos contemporains que letirs compatriotes, qui trouvent de la difficulté a resis- ter 4 la concurrence étrangere, soient protégés. L’on estime qu'un gouvernement qui ne cherche pas a aider un producteur moins habile. néglige le premier de ses devoirs. Mais ce serait expliquer trop simplement les choses que de dire qu’au fond de la protection réside I’égoisme de 'intérét particulier, qui est en opposition avec I'intérét général. Cet intérét par- ticulier est toujours celui de groupes de la mino- rité. Les producteurs, — qu’ils soient employeurs ou employés, — de chaque marchandise consti- tuent toujours une minorité par rapport a I’en- semble des consommateurs. Ils réussissent a faire protéger leurs intéréts particuliers contre I'intérét de la majorité pour cette seule raison qu’ils ,ont Pappui de I'opinion publique, persuadée que cette protection avantage la nation. Il y a cent ans, les cochers et les postillons n'ont pas trouvé de pro- tection contre la concurrence écrasante de la va- peur et du chemin de fer, parce qu’a cette époque, Pesprit libéral n’aurait pas voulu d'un privilége qui avantageait un petit groupe au détriment du public en général. Aujourd’hui, le désir des che- mins de fer d’obtenir une sauvegarde dirigée contre automobile parait justifié au législateur. Au- jourd’hui, chaque intérét particulier est certain de trouver 'appui de l'opinion publique. C’est lopinion publique qui est responsable de I'exis- ===== PAGE 35 ===== — Ml — fence des privileges, et non pas ceux qui désirent em jouir. Examinée du point de vue de la politique ingprieure la protection apparait comme une caté- gorse de mesures relevant de linterventionnisme gouvernemental. VIII. — LE CONFLIT INTERNATIONAL DES INTERETS ECONOMIQUES. Dans notre monde, hérissé de barrieres a la migration naissent de trés graves conflits d’inté- réts économiques entre les nations. En restrei- gnant immigration, quelques nations réussissent & relever les salaires de leurs citoyens, mais elles ne le font qu’aux dépens des citoyens d’autres nations. Le heurt des intéréts économiques inter- nationaux en est la conséquence. Il n’existe pas de conflits graves concernant les matiéres pre- miéres ou les colonies, dans un monde de paix et de commerce pacifique, out chacun a le droit d’a- cheter aux mémes conditions que tout le monde. Mais il y a conflit lorsque les citoyens de quelques pays d’Europe et d’Asie sont empéchés d’aller dans les pays ou ils pourraient gagner davantage que dans le leur. Le niveau de vie élevé des Etats- Unis et des dominions britanniques trouve son corollaire dans le niveau de vie bas des pays de Pest, du centre et du sud de I’Europe, de I’Inde, de la Chine et du Japon. Les citoyens des Etats-Unis et des dominions britanniques défendent leur niveau de vie élevé ===== PAGE 36 ===== EY, en fermant leurs portes aux arrivants. Il s’ensui qu’a Pintérieur de leurs frontiéres des millighis d’hectares sont en friche, alors qu'il faut cultiver, dans d'autres pays, une terre bien moins ferfile- On ne saurait dresser un tableau de la situation actuelle, économique et politique du monde, sans faire ressortir cette anomalie. Il y a trois raisons qui expliquent pourquoi ce probléme, d’importance vitale, est négligé par tout le monde dans les discussions publiques ac- tuelles. En premier lieu, nos idées économiques et politiques sont faussées par la doctrine marxiste. D’aprés le marxisme, les intéréts des prolétaires de tout le monde sont identiques. Les conflits inter- nationaux ne proviennent que de la prééminence accordée aux intéréts particuliers des classes bour- geoises. Le nationalisme, la haine entre les nations, les aspirations impérialistes et militaristes, dans les relations internationales, sont liés au régime capi- taliste. Un monde dominé par le régime populaire serait pacifique et ennemi des conflits internatio- naux. Les prolétaires sont tous amis et fréres. Aveuglés par ce dogme, les marxismes ne voient pas que la pauvreté de la grande masse des prolé- taires de I’Europe et de I’Asie, quils déplorent, provient de ce que ceux-ci sont obligés de demeu- rer, de vivre et de travailler dans des régions ou les conditions naturelles de production sont moins favorables, parce que les prolétaires de régions plus heureuses leur refusent 1'accés de leur pays. Ce serait appliquer avec conséquence la doctrine marxiste de la « superstructure » que de dire gue ===== PAGE 37 ===== — 43 — le prolétaires de I'Europe et de Asie sont ex- ploités par les prolétaires du Nouveau Monde, qué Timpérialisme et le militarisme modernes constituent la « superstructure » du conflit des intérets économiques entre les prolétaires des nations plus favorisées et les prolétaires des nations moins favorisées. Mais les marxistes se gardent bien de parler de ces conflits. Ii est trés intéressant de noter que les écrits traitant des restrictions a la migration sont trés rares par rapport aux pu- blications concernant les autres mesures de la po- litique économique actuelle. Il est encore plus frappant de constater combien les marxistes s’ef- forcent de développer des hypothéses artificielles et futiles pour expliquer que l'impérialisme pro- vient de difficultés qui seraient inhérentes au régime capitaliste. Les ennemis du marxisme, fascistes et nationa- listes, ne sont pas plus préts a discuter le probléme des barriéres a la migration. Leur philosophie est ‘contraire a I’émigration. Ils désirent conserver tous leurs hommes pour la guerre future. Ils veu- lent conquérir les pays les plus riches et se les an- nexer. Ils refusent d’envoyer leurs enfants comme émigrants dans les pays étrangers. Leur remeéde a la situation du « Volk ohne Raum » (peuple sans espace) est la conquéte. La pression de la popula- tion d’Italie, fortement aggravée par les restric- tions que la migration a connues aprés la guerre, n’incite pas M. Mussolini a critiquer la politique des pays qui refusent les immigrants italiens. Il n’en fait pas mention sur la liste de ses griefs. Au ===== PAGE 38 ===== — hf — contraire, désireux d’accroitre sa force militaipe, il se prononce contre I’émigration et désire abg- menter le taux des naissances. Il y a encore une troisiéme raison de sous-esti- mer importance des barriéres a la migration: Les représentants les plus éminents de I'esprit inter- national d’aujourd’hui sont les intellectuels des nations, de langue anglaise. N’était leur noble attitude, la cause de la paix et de la collaboration internationale serait désespérée. Mais ces intellec- tuels sympathisent avec les syndicats ouvriers qui, dans les pays de langue anglaise, se sont faits les champions des barriéres & I'immigration. Les inconvénients de ces barriéres sont encore aggravés par les obstacles qui s’opposent au trans- fert des capitaux. Il est difficile de dire si c'est la politique des pays débiteurs ou celle des pays créditeurs qui est responsable de la cessation des migrations de capitaux. Les pays qui ont importé du capital ont détruit le caractére international des transactions de capital en procédant a des répudiations ouvertes et en adoptant le contrdle des changes. Mais les pays qui exportent des capi- taux portent aussi leur part de responsabilité, car ils ont limité les sorties de ces capitaux. La con- séquence en a été que les populations, forcées par des restrictions 4 I'immigration, de travailler dans des régions ou les conditions naturelles de la pro- duction sont moins favorables, et ou les salaires sont nécessairement bas, ont vu leur existence rendue plus dure encore par la pénurie du capi- tal, qui abaisse le rendement de la main-d’ceuvre ===== PAGE 39 ===== — 45 — et, par 13, réduit les salaires davantage encore, Il peut sembler frappant que opinion publique ge préoccupe davantage, a I’heure actuelle, du pro- bléme fictif des matiéres premiéres et laisse de cOté le probléme si grave des relations internatio- nales contemporaines, celui de la mobilité de la main-d’ceuvre. Mais, soit que nous considérions la question des matiéres premiéres ou celle de la migration comme le point crucial de l'internationalisme, il faudra nous rendre compte que ni la suppression du com- merce international ni la guerre ne constituent des remeédes efficaces. Méme une nation qui souffre de la pauvreté de son territoire — dont elle ne peut tirer assez de matiéres premiéres, et dont les ci- toyens ne peuvent émigrer — n’aurait pas a se louer de la protection. Il est remarquable que la preuve irréfutable apportée par Ricardo de la supériorité du libre-échange est précisément fon- dée sur un raisonnement qui part de I’hypothése que le capital et la main-d’ceuvre ne circulent pas librement d’un pays a 'autre comme ils le font & Pintérieur d’un pays. Cette hypothése de I'immobi- lisation du capital et de la main-d’czuvre était exacte du temps de Ricardo. Elle n’était pas vraie pour la fin du x1xe siécle et pour le début du xxe, Elle est vraie de nouveau de nos jours. Il est, par conséquent, faux de dire que le raisonnement de Ricardo n’est plus valable que pour notre époque, parce que les conditions se sont modifies. Au contraire, les conditions sont redevenues les mémes. ===== PAGE 40 ===== — 46 — Mais la guerre n'est pas davantage la solution des conflits actuels. Etant donné les conditions géographiques et politiques de notre monde, i] parait impossible que les pays européens surpeu- plés forcent les pays qui ne veulent plus d’ismi- grants a modifier leur attitude. C’est pourguoi M. Hitler dans Mein Kampf, propose, comme but de la politique allemande, non pas la conquéte de territoires d’outre-mer, mais la conquéte de terri- toires européens seulement. Toutefois, ces pays européens qui entourent I’Allemagne, en dehors du fait qu’ils sont déja surpeuplés, ne pourraient donner a I’émigrant allemand ce qu’il désire. Ce serait faire la politique de I’autruche que de nier Pexistence de conflits trés graves entre les na- tions de notre monde, mais il faut nous dire que ni la guerre, ni le protectionnisme, ni I’autarcie, ne peuvent apporter une solution aux problémes qui se posent. CONCLUSION. Le libéralisme est une philosophie de paix et de collaboration internationale. C’est le point de dé- part de cette doctrine sociale et économique que les intéréts bien congus de tous les individus et de toutes les nations doivent s’harmoniser dans une société ou régnent la propriété privée et le libre- échange. Pour le libéral, la démocratie et la paix dérivent de ses idées sur la vie, le travail et la coo- pération humaine. ===== PAGE 41 ===== — 47 — Mais le libéralisme est, pour le moment, Papa. nage d'une minorité petite et sans influence. Le monde est dominé par d’autres idées. Ces idées conduisent aux armements, au protectionnisme, aux barriéres qui empéchent les marchandises, la main-d’ceuvre et le capital de circuler, au milita- risme et a la dictature. C’est une erreur de croire qu’aussi longtemps que de telles conceptions régneront il sera possible d’abaisser les obstacles au commerce international. Si les théories protectionnistes et autarquistes sont tenues pour bonnes, il n’y a aucun motif d’abaisser les barriéres au commerce. Seule la conviction que ces théories sont fausses et que le libre-échange est la meilleure politique peut les jeter bas. II est illogique de vouloir des barriéres au commerce peu élevées; ou bien les barriéres au commerce sont utiles, et alors elles ne sauraient étre trop hautes, ou bien elles sont nuisibles, et il faut les raser. La politique de protectionnisme modéré pratiquée avant la guerre était le résultat d’un équilibre instable entre deux doctrines oppo- gées ; maintenant que la théorie du protection- nisme a chassé celle du libre-échange, dans I’o- pinion publique, il n’y a plus de limites aux barrieres du commerce. C’est en vain qu’on espérerait changer cet état de choses au moyen d’un accord international. Si un pays estime de son avantage d’accroitre le libre-échange, il lui est loisible d’ouvrir ses fron- tiéres unilatéralement. Mais #’il considére que le libre-échange lui porte préjudice, il ne sera pas ===== PAGE 42 ===== — 48 — plus disposé a Paccorder dans un traité interna- tional. Chaque nation, aujourd’hui, désire aug- menter le volume de ses exportations, mais aucune ne fera le sacrifice des intéréts particuliers d’une industrie existante ou méme d'une industrie qui est encore a créer. Cest cette disposition qui con- tribue continuellement 4 diminuer le volume du commerce international. Le peu de résultats obtenus par la Société des Nations, I’échec des conférences économiques mondiales et des conférences et négociations plus spéciales entre des groupes de nations plus res- treints, s’expliquent par le fait que I'esprit de collaboration pacifique est absent du monde d’au- jourd’hui. Sous empire des idées militaristes, les efforts visant a 1’établissement d’une collabora- tion internationale resteront a jamais stériles. Le monde n’a pas besoin d’autres conférences et d’autres conventions. I1 a besoin d’un changement radical de mentalité. 3030 = Impr Jouve et Cie, 15, rue Racine. Paris — 12-1938